Eccu u testu chì hè statu datu à a stampa.
1/ QUESTIONNAIRE CANDIDATS LEGISLATIVES.
Tout d’abord, l’AILCC, comme elle avait annoncé et promis -et déjà realisé sur son site internet-, se devait de rendre compte des réponses qu’elle a reçues suite à son interpellation publique des candidats aux élections legislatives. Nous informons donc l’opinion insulaire que seuls les groupes issus des formations de “Femu a Corsica” et de “Corsica libera” ont détaillé, point par point, leurs engagements réciproques, se déclarant favorables aux quatres initiatives principales qui étaient évoquées dans notre questionnaire. Dont acte.
2/ CONFERENCES SNUIPP ET FSU.
En second point, l’Associu souhaite évoquer les prises de position récentes de certains syndicats enseignants vis à vis du projet de coofficialité de la langue corse actuellement en discussion au sein des instances de la CTC. L’AILCC tient à dire qu’elle a été profondément choquée par l’excès, voire la virulence des propos proférés par les syndicats SNUIPP et FSU qui ont pourtant pris en préambule la précaution d’affirmer qu’ils étaient “favorables à la langue corse” (ancu di grazia, ch’o sinnò chì seria statu !)
Il est extrèmement curieux que ce soient ceux-là même qui passent leur temps à fustiger les autres en les accusant de “politiser la question de la langue” qui, au moment où elle fait l’objet d’un très grand consensus au sein de la société insulaire et de sa représentation régionale (cf le vote à une large majorité de juillet 2011) tentent éhontément d’en faire un sujet de polémique et de crispation idéologique sur fonds d’enjeux électoraux.
Maniant la caricature jusqu’à la provocation, jouant sur les peurs que peut susciter un texte encore au stade de l’avant-projet (mais qui, au sein d’une commission ne comptant que quelques membres, a donc pu organiser ces fuites ?), utilisant des phrases choc telles que : “tous les examens de l’académie seront conditionnés par le corse” ou “l’élève non compétent en langue corse se verra sanctionné”… etc, ils agitent, avec une stratégie désormais éculée, les sempiternels épouvantails de la “discrimination” et de la “mise hors norme du dispositif” pour engendrer des craintes dans l’opinion, monter enseignants et parents entre eux et semer le doute et la confusion. Or, se déclarer favorable à la sauvegarde du corse tout en s’opposant à la coofficialité relève soit du contorsionnisme intégral soit de l’hypocrisie consommée, à moins, plus prosaïquement, qu’il ne s’agisse d’une franche hostilité qui n’ose pas dire son nom ! Quelles sont donc leurs propositions pour épanouir la langue corse si ce n’est par le biais de la coofficialité ? Mystère… Et si, in fine, le véritable but de certaines personnes n’était pas tout simplement d’enrayer la mise en place des mesures vitales, seules capables de sauvegarder notre patrimoine et d’établir un plurilinguisme garant d’ouverture, d’acquis de compétences, d’intégration harmonieuse et de progrès collectif ? Il leur faudra dans ce cas clairement assumer la mort programmée de notre langue.
Nous nous en inscrivons en faux contre certains arguments et tenions à y répondre : « la langue corse mérite la concertation plutôt que le passage en catimini » : Ciò ch’ùn ci vole à sente ! Le texte de la CTC a été voté à une large majorité en juillet denier (70% pour, aucun vote contre) ; « on divise la société » : au contraire, on l’unifie autour d’un projet généreux, intégratif et épanouissant, porteur d’une plus-value pour tout apprenant. Les non-corsophones et les nouveaux arrivants pourront se former et parler le corse en 6 ans, ce qui ne les obligera pas pour autant à l’utiliser de manière exclusive ; « mais où va-t-on ? » : nous allons sereinement vers une société ou la langue d’origine, parlée depuis des siècles mais en grand danger, pourrait retrouver une place qui lui permette enfin d’exister, sans porter préjudice à qui que ce soit ; nous allons sereinement vers une compétence plurilingue qui est un atout majeur dans le monde multipolaire d’aujourd’hui ; nous allons sereinement vers un système éducatif capable d’offrir aux élèves de l’académie la maîtrise d’un idiome véhiculaire auprès d’un sixième de l’humanité parlant une langue latine ; « le système va imposer une contraintre » : mais pourquoi diable concevoir systématiquement l’apprentissage du corse comme contraignant et discriminatoire ? Ce projet permettra aux gens qui habitent en Corse de développer en plusieurs années une compétence valorisante. Est-ce que les langues étrangères, l’Histoire-Géo, la philosophie ou toute autre discipline représentent des contraintes ?
Dieu merci, nous savons que, même à l’intérieur des organisations mentionnées, nombre d’adhérents ne campent pas sur des positions aussi rétrogrades, dignes des hussards noirs de la République du siècle dernier. Nous tenons à ce propos à affirmer que contrairement à ce que laissaient entendre certains titres de la presse écrite, ce ne sont pas tous “les enseignants” qui sont “mécontents” du projet discuté à l’Assemblée Territoriale aujourd’hui. Il est pour un nombre de plus en plus important d’entre nous l’aboutissement d’années et d’années d’efforts et de patient travail de conviction. Il n’est donc pas question de laisser quelques batteleurs réactionnaires accréditer l’idée que la logique jacobine serait reine au sein du corps enseignant.
Pour autant, conscient des manipulations politiques qui sont à l’oeuvre derrière ces intempestives montées au créneau médiatique, l’AILCC a préféré privilégier la pédagogie, l’explication et l’esprit d’ouverture. Ses membres se déclarent prêts à rencontrer les responsables de toute organisation qui le souhaiteraient et à nourrir un débat public d’éléments objectifs et constructifs, en présence de responsables administratifs et politiques impliqués dans le dossier. Plus que jamais, la question de l’enseignement du corse, “langue très menacée” selon l’UNESCO exige sérénité, concertation technique et évolution progressive (à ce sujet, il est totalement irresponsable d’attiser les craintes du personnel non corsophone : la mise en place d’un dispositif bilingue exige des années de planification. Bien des enseignants seront à la retraite avant que n’intervienne le moindre changement dans le déroulement de leur carrière. Quant aux plus jeunes, il auront des années pour acquérir toutes les compétences requises, comme cela s’est déjà vu sous d’autres cieux (cf. les 85% des non catalonophones initiaux qui ont choisi de demeurer dans l’Académie de Catalogne au bout du délai qui leur était imparti en validant leur habilitation.) Le projet actuel de la CTC sur la coofficialité est certainement incomplet, imparfait et amendable ; il peut et doit être discuté et enrichi, mais en tout cas, à nos yeux, il va dans le bon sens et il importe de demeurer dans ce sens. La question d’un éventuel changement de statut du personnel demandant par exemple la plus grande clarté quant aux garanties du maintien des règles qui le régissent actuellement, mais il s’agit là de problèmes techniques qui doivent être débattus au sein d’instances compétentes sur fonds de négociations Région-Etat, en associant le plus grand nombre de partenaires concernés. En conclusion, dépassionner les esprits, mettre enfin en place un dispositif efficace similaire à ce que plus de 40 régions d’Europe ont déjà initié nous apparaît comme une priorité que nous estimons incontournable.
3/ SESSION DE L’ASSEMBLEE DE CORSE
A ce titre, la prochaine session de l’Assemblée de Corse se devra, à notre avis, d’aborder la question de la coofficialité. Son contenu et sa mise en place restent intimement liés à la notion de transfert législatif : il faut impérativement avancer de manière significative et rapide si l’on veut se donner les moyens d’une réelle politique. Le statut particulier de la Corse octroie à la Corse un « droit d’expérimentation législative ou réglementaire » qui n’a pas été utilisé jusqu’ici. Les grandes orientations du PADDUC sont donc l’occasion de la mise en application de ce droit y compris dans le domaine linguistique et de l’enseignement. L’avènement d’une nouvelle majorité présidentielle en accord avec les orientations politiques de l’actuel exécutif de la CTC doit donner lieu à une clarification. D’une manière ou d’une autre il va falloir contourner l’écueil d’une anticonstitutionnalité qui, telle qu’elle est actuellement formulée, entrave irrémédiablement toute avancée réelle du dossier. Là aussi, l’AILCC se déclare prête à participer à toute réunion, commission ou instance (dont certaines, soit dit en passant, ne fonctionnent plus depuis des mois et des mois) visant à definir des axes structurants à très court terme.
4/ UN CLIN D’OEIL EN GUISE DE MESSAGE
Enfin, pour conclure, l’AILCC a décidé de dévoiler aujourd’hui ce qui peut être considéré comme une campagne d’information. Elle se décline sous trois formes : affiches qui seront apposées dans tous les établissements de l’île, auto-collants et tee-shirts. Le message est delivré sous forme de clin d’oeil : qui ne se souvient pas du fameux dessin de Battì Manfruelli pour l’association Scola Corsa (dont nous saluons ici le rôle majeur de précurseur) intitulé “O mà, parlami corsu” ? Eh bien, par le simple rajoût d’un lettre, le potentiel propre à chaque langue opère et avec l’aimable accord des personnes citées voilà que le slogan du Settanta devient désormais “O maè, parlami corsu” (maè étant la contraction de maestra, ou maestru : maître, enseignant, professeur.) Le message est clair : il est grand temps que le système scolaire joue enfin son rôle et soit un des moteurs principaux de la reconquête linguistique du corse. Nous rappelons à tous les esprits chagrins, les partisans obtus d’un jacobinisme d’un autre temps qui confondent laïcité et centralisme forcené, le slogan de l’Académie de Corse : “s’ancrer pour mieux s’ouvrir”. Le corse, langue de l’identité et du patrimoine est également une langue latine véhiculaire qui donne un accès direct à la Romania (ensemble des langues issues du latin.) Celle-ci est forte d’un milliard de locuteurs sur la planète (1/6ème de l’humanité.) Comment peut-on encore avancer, au XXIème siècle, les arguments de “l’enfermement”, de la “discrimination”, de la “négation de l’autre” ? Cessons les invectives stériles et oeuvrons tous ensemble dans une optique de plurilinguisme, d’enrichissement mutuel, d’échanges internationaux, d’avenir enfin maîtrisé et harmonieux. Affirmons tous pour le bien des générations à venir : “O maè, parlami corsu !”
Rédigé le Samedi 7 Juillet 2012
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